La population burundaise ne s’exprimera pas sur la relation entre le tribunal spécial et la CVR.
juillet 9, 2008 at 6:09 2 commentaires
Le projet de consultation populaire en vue de la mise en application des mécanismes de justice transitionnelle au Burundi démarre à partir de la semaine du 12 juillet 2008 après de longs mois de tractation entre les parties en négociation (le gouvernement burundais et les Nations Unies).
Lancés officiellement le 7 novembre 2007 par le président de la république, les travaux du comité tripartite (Nations Unies, gouvernement et société civile) devait entrer directement dans la phase préparatoire. Mais cependant, ce lancement avait précédé tous les préparatifs nécessaires pour démarrer un tel projet. IL a fallu attendre 8mois pour qu’enfin l’enveloppe puisse être débloqué.
L’attente a été longue certes, mais l’enjeu était de taille. La population pourra bientôt dire ce qu’elle attend de ces mécanismes de justice transitionnelle au Burundi. Cependant, leur apport ne se limitera que sur des considérations moins pertinentes par rapport au processus. L’accord cadre entre le gouvernement burundais et les Nations Unies portant création et définition du mandat du comité tripartite en charge des consultations nationales sur la justice transitionnelle au Burundi stipule, dans son chapitre III, point 10 que :
« Le comité ne soulèvera pas de question en cours de négociation entre le gouvernement du Burundi et les Nations Unies, notamment la relation entre la commission vérité et réconciliation et le tribunal spécial, ni l’opportunité de l’une ou l’autre mécanisme, ainsi que des questions qui pourraient être porte faux avec le droit international. »
Dans un pays meurtri par plus d’une décennie de guerre civile où une grande partie de la population a été touchée d’une manière ou d’une autre par les violations massives des droits de l’homme, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les crimes de génocide la vérité est un impératif. Et pour connaître cette vérité il faut que les gens soient libres de s’exprimer sur les tenants et les aboutissants de ces mécanismes de justice transitionnelle.
Pourquoi les populations victimes de la trilogie des crimes ne s’exprimeraient pas sur ce que devraient être, selon elles, la relation entre le tribunal spécial et la CVR ? Est-ce une commission chargée en partie de réconcilier les burundais sans qu’ils soient associés à ce mécanisme ?
Il y a lieu d’être pessimiste par rapport aux résultats de ce genre de mécanisme qui exclut la participation des concernés, surtout pour des questions aussi sensibles comme la justice, le pardon et la réconciliation.
Un des membres du comité tripartite Joseph Ndayizeye de la société civile, estime d’ailleurs que leur travail ne sera pas facile si on empêche à la population se s’exprimer sur les questions aussi sensible que la relation entre le tribunal spécial et la CVR.
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1.
Marie-Soleil | juillet 15, 2008 à 9:15
Est-ce que les mécanismes “vérité et réconciliation” et “tribunal spécial” ne sont pas même antinomiques…? Les CVR reposent sur le principe selon lequel chacun va venir avouer ses forfaits, formuler ses regrets et que ça permettra de jeter les bases de la réconciliation. Alors que le tribunal (on le voit avec le TPIR) n’est pas un lieu de contrition. On y vient, on plaide non coupable, on essaye de s’en tirer avec la condamnation la plus faible possible : et la première victime de cette stratégie, c’est la vérité justement. Concilier les deux ? J’attends de voir…
2.
hakiza | juillet 17, 2008 à 11:14
Il y a justement un débat à ce sujet au Burundi. Le principe est acquis que les deux mécanismes doivent être mis en place. Mais la question demeure et n’a pas encore trouvé de reponse entre le gouvernement et les nations unies. Je ne sais pas si on peut s’inspirer d’autres modèles d’ailleurs, mais franchement j’ai du mal à m’imaginer comment concilier les deux. Au fait je suis dans le même cas que vous.