Chercher la vérité : comment et pour quoi en faire ?

juillet 9, 2008 at 6:14 2 commentaires

Le Burundi s’est lancé depuis un certain temps sur le chemin des préceptes en vogue de justice transitionnelle. Les experts de ces théories vous diront qu’il s’agit des mécanismes utilisés dans des pays poste conflit, pour connaître la vérité et réconcilier les peuples.

Depuis quelques années, on a souvent entendu des commissions vérité et réconciliations créées dans des pays qui sortent des conflits, en vue d’aider les peuples à s’exprimer sur les atrocités commises dans leur entourage. Ailleurs, comme au Rwanda, ils ont opté pour la création des institutions judiciaires internationales. Dans les deux cas il s’agit de la recherche de la vérité, sauf que pour le 2ème cas il faut ensuite juger les crimes. De la création du TPIR  en passant par le tribunaux locaux Gacaca au Rwanda, jusqu’au processus de mise en place de la commission vérité et réconciliation et du tribunal au Burundi, il manque un maillot à la chaîne.

Le TPIR tout comme les autres tribunaux internationaux, s’intéresse à ce qu’ils appellent dans le jargon onusien des « gros poissons », ce qui est une bonne chose. Seulement la victime n’y a pas sa place à proprement parler. Elle peut témoigner et tout s’arrête là. La réconciliation non plus n’a pas de place au TPIR quand on sait que ce tribunal créé par les NU après le génocide rwandais a emporté plus de 800000 victimes. Les plaies sont toujours ouvertes dans les cœurs de survivants, et des familles des victimes, et la réconciliation est plus qu’importante.

Au Burundi on a opté pour un double mécanisme. Une commission Vérité et Réconciliation et un tribunal spécial. Le tribunal jugera certes quelques gros poissons. Mais le problème reste. Quelle sera la relation entre le tribunal spécial et la CVR en d’autres mots qu’est ce qu’on fera de la vérité qu’aura découvert la CVR ?

Le pouvoir de Bujumbura semble pencher beaucoup plus sur le pardon et la réconciliation, quand on sait qu’il y a des crimes inamnistiables qui ont été commis au Burundi. Cela a été concrétisé d’ailleurs par la libération de ce que le gouvernement de Bujumbura a appelé en 2006 les prisonniers politiques, alors que la justice les avait condamné pour la plupart pour les massacres de 1993. L’argument était que la justice à l’époque était presque mono ethnique et que les procès n’avaient pas étaient équitables. C’est peut être vrai, mais la libération des milliers de gens qui somme toute ne sont pas tous innocents, ne manque pas de créer des frustrations de la part des victimes.

L’autre défi à la recherche de la vérité au Burundi concerne la période sur laquelle va travailler la CVR et le Tribunal spécial. De l’indépendance du Burundi en 1962 jusqu’aujourd’hui, nous sommes partis pour presque cinquante ans. Comment chercher une vraie vérité sur une période aussi longue ? Et puis si on prend les seules périodes de 1972 et 1993, chaque communauté ethnique du Burundi a sa vérité. Les hutus parlent de génocides de hutus en 72, les tutsi parlent de répression. En 1993, les tutsi estiment qu’il y a eu un génocide perpétré contre leur ethnie, les hutu de leur côté trouvent qu’il s’agissait d’une manifestation de colère liée à l’assassinat du président Ndadaye. Où est la vérité dans tout cela ? C’est le défi majeur de la CVR.

Il faut peut être pas laisser de côté le fait que pour le cas du Burundi, certains responsables des crimes ont toujours une parcelle de pouvoir. La commission ou le tribunal spécial devra attendre longtemps avant de les voir comparaître.

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La population burundaise ne s’exprimera pas sur la relation entre le tribunal spécial et la CVR. La relation entre le tribunal spécial et la CVR : Encore un point de divergence entre le gouvernement de Bujumbura et les NU

2 Commentaires Add your own

  • 1. Charles Mushizi  |  mars 12, 2009 à 11:31

    Très beau blog.
    Informatif, modeste et ambitieux.
    Râvide voir des africains de plus en plus engagés dans la lecture et l’écriture.
    Définmonumental à relever pour nos pays respectifs.
    Cheerc!

    Répondre
    • 2. hakiza  |  mars 13, 2009 à 4:36

      Merci Charles pour les encouragements. Nous avons un rôle à jouer en tant que jeunes africains, pour amener nos pays respectifs à la paix, la sécurité et le développement. Et l’échange d’informations et d’expériences des uns et des autres peut nous aider à aller de l’avant. Je compte sur vos commentaires et suggestions pour la réussite de ce blog.

      Répondre

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J'habite Bujumbura, capitale de la république du Burundi au cœur de l'Afrique. Je suis journaliste depuis 2001 et je travaille actuellement au sein de la radio Bonesha FM.

Partager mon vécu quotidien, c'est ce que je vais essayer de faire sur ce Blog.

 

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