Archive for juillet, 2008
La relation entre le tribunal spécial et la CVR : Encore un point de divergence entre le gouvernement de Bujumbura et les NU
Où réside exactement la pomme de discorde entre les parties en négociation ? C’est justement le plus intéressant parce que jusque là cette question fait objet de négociation entre le gouvernement du Burundi et la délégation des Nations Unies.
Pourquoi le pouvoir de Bujumbura serait il retissent par rapport à la mise en place d’un tribunal spécial ? Difficile de l’imagine mais déjà la question soulève la polémique dans les milieux politiques burundais.
Les Nations Unies et le gouvernement du Burundi ont franchi une étape dans la mise en place des mécanismes de justice transitionnelle certes, mais cette divergence sur un point aussi crucial de ce mécanisme ne manque pas d’inquiéter plus d’un.
Le retard qu’a déjà accusé le début démarrage des consultations populaires devra se répercuter sur le reste du calendrier. Et si on s’en tient aux chiffres, elles se termineront vers le mois de juin 2009, en pleine campagne électorale. Certains membres du comité tripartite sont pessimistes. Joseph Ndayizeye par exemple pense que le processus devra s’arrêter à un certain moment pour que le processus électoral puisse continuer. Il estime que l’important aura été que la machine de la justice transitionnelle soit en marche ; les autres instruments pourront être mis en place au fur et à mesure même après le processus électoral.
Chercher la vérité : comment et pour quoi en faire ?
Le Burundi s’est lancé depuis un certain temps sur le chemin des préceptes en vogue de justice transitionnelle. Les experts de ces théories vous diront qu’il s’agit des mécanismes utilisés dans des pays poste conflit, pour connaître la vérité et réconcilier les peuples.
Depuis quelques années, on a souvent entendu des commissions vérité et réconciliations créées dans des pays qui sortent des conflits, en vue d’aider les peuples à s’exprimer sur les atrocités commises dans leur entourage. Ailleurs, comme au Rwanda, ils ont opté pour la création des institutions judiciaires internationales. Dans les deux cas il s’agit de la recherche de la vérité, sauf que pour le 2ème cas il faut ensuite juger les crimes. De la création du TPIR en passant par le tribunaux locaux Gacaca au Rwanda, jusqu’au processus de mise en place de la commission vérité et réconciliation et du tribunal au Burundi, il manque un maillot à la chaîne.
Le TPIR tout comme les autres tribunaux internationaux, s’intéresse à ce qu’ils appellent dans le jargon onusien des « gros poissons », ce qui est une bonne chose. Seulement la victime n’y a pas sa place à proprement parler. Elle peut témoigner et tout s’arrête là. La réconciliation non plus n’a pas de place au TPIR quand on sait que ce tribunal créé par les NU après le génocide rwandais a emporté plus de 800000 victimes. Les plaies sont toujours ouvertes dans les cœurs de survivants, et des familles des victimes, et la réconciliation est plus qu’importante.
Au Burundi on a opté pour un double mécanisme. Une commission Vérité et Réconciliation et un tribunal spécial. Le tribunal jugera certes quelques gros poissons. Mais le problème reste. Quelle sera la relation entre le tribunal spécial et la CVR en d’autres mots qu’est ce qu’on fera de la vérité qu’aura découvert la CVR ?
Le pouvoir de Bujumbura semble pencher beaucoup plus sur le pardon et la réconciliation, quand on sait qu’il y a des crimes inamnistiables qui ont été commis au Burundi. Cela a été concrétisé d’ailleurs par la libération de ce que le gouvernement de Bujumbura a appelé en 2006 les prisonniers politiques, alors que la justice les avait condamné pour la plupart pour les massacres de 1993. L’argument était que la justice à l’époque était presque mono ethnique et que les procès n’avaient pas étaient équitables. C’est peut être vrai, mais la libération des milliers de gens qui somme toute ne sont pas tous innocents, ne manque pas de créer des frustrations de la part des victimes.
L’autre défi à la recherche de la vérité au Burundi concerne la période sur laquelle va travailler la CVR et le Tribunal spécial. De l’indépendance du Burundi en 1962 jusqu’aujourd’hui, nous sommes partis pour presque cinquante ans. Comment chercher une vraie vérité sur une période aussi longue ? Et puis si on prend les seules périodes de 1972 et 1993, chaque communauté ethnique du Burundi a sa vérité. Les hutus parlent de génocides de hutus en 72, les tutsi parlent de répression. En 1993, les tutsi estiment qu’il y a eu un génocide perpétré contre leur ethnie, les hutu de leur côté trouvent qu’il s’agissait d’une manifestation de colère liée à l’assassinat du président Ndadaye. Où est la vérité dans tout cela ? C’est le défi majeur de la CVR.
Il faut peut être pas laisser de côté le fait que pour le cas du Burundi, certains responsables des crimes ont toujours une parcelle de pouvoir. La commission ou le tribunal spécial devra attendre longtemps avant de les voir comparaître.
La population burundaise ne s’exprimera pas sur la relation entre le tribunal spécial et la CVR.
Le projet de consultation populaire en vue de la mise en application des mécanismes de justice transitionnelle au Burundi démarre à partir de la semaine du 12 juillet 2008 après de longs mois de tractation entre les parties en négociation (le gouvernement burundais et les Nations Unies).
Lancés officiellement le 7 novembre 2007 par le président de la république, les travaux du comité tripartite (Nations Unies, gouvernement et société civile) devait entrer directement dans la phase préparatoire. Mais cependant, ce lancement avait précédé tous les préparatifs nécessaires pour démarrer un tel projet. IL a fallu attendre 8mois pour qu’enfin l’enveloppe puisse être débloqué.
L’attente a été longue certes, mais l’enjeu était de taille. La population pourra bientôt dire ce qu’elle attend de ces mécanismes de justice transitionnelle au Burundi. Cependant, leur apport ne se limitera que sur des considérations moins pertinentes par rapport au processus. L’accord cadre entre le gouvernement burundais et les Nations Unies portant création et définition du mandat du comité tripartite en charge des consultations nationales sur la justice transitionnelle au Burundi stipule, dans son chapitre III, point 10 que :
« Le comité ne soulèvera pas de question en cours de négociation entre le gouvernement du Burundi et les Nations Unies, notamment la relation entre la commission vérité et réconciliation et le tribunal spécial, ni l’opportunité de l’une ou l’autre mécanisme, ainsi que des questions qui pourraient être porte faux avec le droit international. »
Dans un pays meurtri par plus d’une décennie de guerre civile où une grande partie de la population a été touchée d’une manière ou d’une autre par les violations massives des droits de l’homme, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les crimes de génocide la vérité est un impératif. Et pour connaître cette vérité il faut que les gens soient libres de s’exprimer sur les tenants et les aboutissants de ces mécanismes de justice transitionnelle.
Pourquoi les populations victimes de la trilogie des crimes ne s’exprimeraient pas sur ce que devraient être, selon elles, la relation entre le tribunal spécial et la CVR ? Est-ce une commission chargée en partie de réconcilier les burundais sans qu’ils soient associés à ce mécanisme ?
Il y a lieu d’être pessimiste par rapport aux résultats de ce genre de mécanisme qui exclut la participation des concernés, surtout pour des questions aussi sensibles comme la justice, le pardon et la réconciliation.
Un des membres du comité tripartite Joseph Ndayizeye de la société civile, estime d’ailleurs que leur travail ne sera pas facile si on empêche à la population se s’exprimer sur les questions aussi sensible que la relation entre le tribunal spécial et la CVR.
Chasse « aux expat » ou règlement de compte ?
Tout le monde se pose la question mais la réponse semble plus évidente depuis ce lundi soir. Qui aurait voulu s’en prendre aux deux fonctionnaires des NU qui rentraient tranquillement chez eux et qui n’était même pas sur la même trajectoire ? Ce est qui est sur est que les deux attaques ont été menées de façon simultanée.
Le rwandais Vincent Kayijuka « strategic planning officer » au BINUB, a été attaqué alors qu’il était sur la route Rumonge en allant vers chez lui à Kinindo. Une grenade lancée par une personne roulant à moto a touché la vitre arrière de son véhicule de service. L’auteur de l’attentat n’a pas eu le temps de viser sa cible parce que les deux engins étaient en mouvement. C’est ce qui a sauvé la vie à l’expat rwandais. Son collègue l’éthiopien Teklé Kidane lui dépassait légèrement l’hôtel méridien, sur la route menant vers l’entente sportive lorsqu’il a essuyé les éclats d’une grenade lancé là encore par un motard.
L’affaire renvoi aux divergences existantes depuis un certain temps entre le BINUB et ses anciens employés sur la rupture de leurs contrats. Trois manifestations avaient été organisées par ces anciens employés tout près des bureaux du BINUB mais avaient été repoussé par la police. L’une d’elles a d’ailleurs failli tourner au vinaigre parce que les manifestants ont cassé à coup de pierres des véhicules de cette organisation. Depuis là le service chargé de la communication du BINUB avait sorti deux communiqués de presse pour tranquilliser les anciens employés que leurs cas seront traités individuellement. Mais jusque là rien ne filtrait sur ce dossier.
L’affaire semblait des plus ordinaire pour moi, parce que dans un pays post conflit comme le notre on voit des réactions et des comportements des plus bizarre. Mais ce qui a réveillé mon attention, c’est un commentaire d’un collègue qui paraissait d’un coup être une plaisanterie de mauvais goût. Il disait que quelqu’un l’a appelé le matin pour lui dire qu’il veut faire une déclaration sur l’attentat sur les deux expat du BINUB. Le collègue disait qu’il lui a demandé ce qu’il voulait dire, et qu’il lui a répondu qu’il veut revendiquer l’attentat, que c’est bel et bien les anciens employés du BINUB qui l’ont fait et qu’ils sont prêt à recommencer.
J’avais déjà entendu et vu des criminels sans scrupule mais là c’est dépasser la limite de la provocation. Que des gens soient désespérés dans la vie jusqu’à vouloir se suicider en emportant ceux qu’ils rendent coupable de leur misère….ça c’est trop fort.
Les expat du BINUB seraient donc dans le collimateur des anciens employés ? La thèse semble tenir la route parce que pour ces pauvres jeunes gens licenciés et chômeurs jusque là pour la plupart, il s’agit d’une question de vie ou de mort.
Retour au bled
Je suis enfin arrivé à Bujumbura ce mercredi soir à bord de Rwanda air. Trop fatiguée après quatre longues heures de transit. J’adore le climat rwandais mais je dois dire que là j’ai étouffé. Revoir ma ville chérie ma fait un drole sentiment après dix jours d’absence. Mais la chaleur de Buja vous donne vraiment envie de retourner sur Arusha.
Le séjour avec les collègues rwandais et congolais a été on ne peut plus bénéfique. Et je serai encore plus ravie de continuer à échanger avec eux et tous les internautes qui voudront bien nous rejoindre sur nos blog, les nouvelles de nos pays respectifs. Je suis convaincue que vos idées et commentaires nous seront d’une extrème importance pour contribuer à la résolution de tant de problèmes qui minent nos pays.
Merci pour les encouragement des uns et des autres. Je ne me suis pas encore remise du voyage, mais je compte vous retrouver très bientot pour partager avec vous les nouvelles du Burundi.
Commentaires Récents